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La cigarette électronique et maladies cardiovasculaires

Habitudes de vie par Martine Robert, infirmière, 12 Février 2014 - 11:00

Source : Futura-sciences.com

Les faits

Les dernières statistiques démontrent qu’au Québec, le taux de prévalence des fumeurs est de 23 % et le tabagisme tue 10 400 personnes par année. Selon un rapport de l’OMS en 2008 sur l’épidémie mondiale  du tabagisme, non seulement le tabagisme est la première cause de maladie et mortalité évitables, mais il représente un facteur de risque majeur pour 6 des 8 causes principales de décès dans le monde. On attribue au tabagisme 25-30 % des maladies cardiovasculaires (MCV), 85 % des maladies pulmonaires obstructives et cancer du poumon et 30 % de tous les cancers. On retrouve 7000 composés chimiques dans la fumée du tabac dont plus de 70 sont cancérigènes selon le dernier rapport du Surgeon General du département de la santé américaine. La fumée du tabac affecte chaque cellule, organe et système organique.

Il n’y a pas de seuil de sécurité et de non-nocivité…une c’est trop ! 

L’arrivée de la cigarette électronique (CE) nous offre une nouvelle alternative au tabac et plus particulièrement pour ceux qui fument depuis plusieurs années et qui ont déjà tout essayé (thérapie de soutien, médications d’aide à l’arrêt, etc.)  pour cesser de fumer. Dans ces cas très précis, je me permets de leur suggérer de vapoter la CE, avec ou sans nicotine, plutôt que de continuer à fumer la cigarette conventionnelle.

Pourquoi est-il urgent pour nos patients cardiovasculaires de cesser de fumer ?

Le tabagisme conventionnel contribue à développer, compliquer et intensifier les problèmes cardiovasculaires. Nous recommandons fortement et sans ambiguïté, à tous nos patients de cesser complètement de fumer, tant activement que passivement ! C’est le meilleur traitement qu’ils puissent entreprendre s’ils veulent potentialiser leurs traitements, freiner l’évolution de leur maladie cardiaque et récupérer leur santé cardiovasculaire ainsi que leur qualité de vie et espérance de vie.

Ce qu’il faut savoir, ce n’est pas la nicotine qui provoque les maladies, mais l’inhalation de la fumée de la cigarette. En effet, la combustion des cigarettes produit du monoxyde de carbone, un poison puissant, qui possède une affinité 200 fois supérieure pour l’hémoglobine comparée à celle de l’oxygène, ce qui cause une carboxyhémoglobine. Fumer c’est comme vivre dans un milieu appauvri en oxygène. Le tabagisme est un facteur de risque majeur qui expose nos patients à des risques inestimables de refaire un évènement cardiovasculaire tout en diminuant de près de 50 % l’efficacité de nos traitements médicaux et pharmacologiques. 

La persistance d’un tabagisme post-infarctus du myocarde est un facteur pronostic majeur de décès. En effet, un patient ayant subi un infarctus du myocarde qui refume dans les 10 premiers jours suivant son évènement est confronté à un risque de mortalité multiplié par 5 (Colivicchi F et al. Am J Cardiol. 2011) ! De plus, les fumeurs hypertendus ont un mauvais profil de risque pour la MCV et leur traitement  pour l’hypertension est moins bénéfique comparativement aux hypertendus non-fumeurs (Blood Pressure.2005). Fumer diminue aussi les bénéfices des statines, 60 % plus de risques d’évènements cardiaques chez les fumeurs comparativement aux non-fumeurs traités sous statines en prévention secondaire (Milionis HJ et al. Angiology.2001). D’ailleurs une étude, parue en 2011, a démontré que le sevrage tabagique était plus efficace que les statines à long terme. Le risque de la poursuite du tabagisme reste nettement augmenté chez les fumeurs, et cela, quelle que soit l’intensité de la thérapie aux statines et le sevrage tabagique apporte un bénéfice à 5 ans deux fois plus élevé comparativement à de fortes doses de statines (Frey P. et al. Am J Cardiol 2011).

Ces constatations démontrent que pour toutes personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire, l’arrêt du tabac est une urgence vitale !

À mon point de vue, la cigarette électronique nous offre une nouvelle opportunité à saisir pour la réduction des risques, voire l’arrêt complet de la cigarette, chez les fumeurs chroniques.

L’Institut national de santé publique a rendu son rapport sur la CE et se montre très réservé  en soulignant que : « L’état actuel des connaissances issues de la littérature scientifique ne permet pas d’estimer les effets sur la santé associés à la consommation de CE, avec ou sans nicotine ».

En effet, à ce jour, les preuves scientifiques attestant de l’innocuité du produit font toujours défaut. Des incertitudes persistent sur les effets à long terme des fortes inhalations, le contrôle qualité des produits n’est pas encore optimal. Il est difficile de se prononcer en raison de l’absence de données qualitatives et quantitatives suffisantes sur le risque de toxicité des solvants utilisés dans les cigarettes électroniques, en particulier le propylène glycol.En revanche, aucun effet indésirable ou cas d’intoxication en lien avec la présence de ces solvants dans les cigarettes électroniques n’a été rapporté jusqu’à maintenant. 

De plus, pas une semaine ne passe sans que paraissent de nouveaux résultats sur la CE. Les quelques données accessibles sont plutôt encourageantes. Deux études récentes réalisées en Italie et aux USA semblent confirmer la faible toxicité des vapeurs des CE par rapport aux cigarettes conventionnelles. Par exemple, les auteurs de l’étude américaine ont conclu que la vapeur de CE peut contenir des substances potentiellement toxiques, mais que les niveaux relevés sont de 9 à 450 fois moindres (Goniewicz ML et al.Tob Control .2013).

Lors du dernier congrès européen de cardiologie le Dr Farsalinos a présenté des résultats rassurants quant à ses effets sur la microcirculation coronaire, c'est-à-dire le fonctionnement de tous les petits vaisseaux du coeur qui l'alimentent en oxygène et en nutriments. Ce cardiologue grec, déjà auteur de plusieurs études sur la cigarette électronique, a comparé deux critères, le débit sanguin coronaire maximal et la résistance des petits vaisseaux coronaires à l’écoulement, chez 30 fumeurs et 30 vapoteurs, 20 minutes après leur dernière cigarette. Sans surprise, il a constaté que la cigarette classique réduit le débit sanguin coronaire maximal (de 16 % par rapport à un non-fumeur) et augmente de 19 % la résistance des vaisseaux à l’écoulement. En revanche, la cigarette électronique n’a pas modifié la capacité des artères coronaires à oxygéner le cœur. Aucune différence ni dans le flux ni dans la résistance à l’écoulement n’a été observée par rapport aux valeurs de références des non-fumeurs (Farsalinos K et al. Europeen Heart Journal. 2013).

Certes nous manquons de preuves absolues sur l’innocuité de la CE, mais les preuves de nocivité absolue sont démontrées pour les cigarettes conventionnelles faites de tabac et pourtant ces cigarettes sont en vente libre!

Les gens qui cessent de fumer sont 50 % à refumer au cours de leur vie et l’efficacité du taux d’abandon à 6 mois, pour tous traitements pharmacologiques confondus en matière de tabagisme, ne dépasse pas les 30 % à un an.

Une nouvelle option s’offre aux fumeurs chroniques pour se soustraire des substances extrêmement toxiques  de leur tabagisme… ne lui tournons pas le dos, sous prétexte de manque de preuves suffisantes, car nous risquons de passer, nous professionnels de la santé, à côté d’une des plus grandes révolutions sanitaires face à ce fléau que nous combattons depuis plus de 50 ans!

À titre indicatif :

Un premier grand sommet européen sur la cigarette électronique : « Science, Regulation and Public Health » se tiendra au Royal Society de Londres le 12 novembre prochain. Ce sommet réunira les plus grands experts scientifiques et médicaux dans le domaine de la tabacologie.

Pour en savoir plus :


La vérité sur la cigarette électronique, par le Pr Jean-François Etter

Je vous recommande la lecture du dernier livre de Jean-François Etter, scientifique suisse, professeur de santé publique à la Faculté de Médecine de Genève, spécialiste de la dépendance et de la prévention du tabagisme; préface du Dr Gérard Mathern, pneumologue et tabacologue. Ils répondent du point de vue pratique, scientifique et médical à toutes les questions.

La cigarette électronique, par le Dr Philippe Presles

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